Monaco’s artistic potteries

les poteries artistiques de Monaco

En parallèle de Vallauris et Menton, saviez-vous que la Principauté a produit ses propres céramiques artistiques dès le XIXe siècle ? Focus jusqu’en 1914, sur ce travail de la terre lié à l’essor du tourisme.

Des potiers à l’œuvre en Principauté. / © Jacques Enrietti / Archives Monte-Carlo SBM

Pour comprendre l’émergence de la céramique touristique à Monaco, il faut se replacer dans le contexte de la fin du XIXe siècle. « Nous sommes aux débuts de l’industrie moderne, avant l’électricité et la pétrochimie, et chaque pays rivalise d’inventivité lors des expositions universelles, véritables vitrines des savoir-faire nationaux », raconte Agnès Roux, chercheur associé de l’exposition « Artifices instables, Histoires de céramiques ». Un contexte dans lequel Marie Blanc, épouse du fondateur de la Société des Bains de Mer, va jouer un rôle déterminant. Ayant créé la Société Industrielle et Artistique de Monaco, elle fait envoyer des essences d’eucalyptus, de l’eau de fleurs d’orangers, des poudres et pommades pour le Pavillon monégasque de 1873 à Vienne. En complément, elle s’associe avec Charles et Marie Fisher pour produire des céramiques baptisées Poteries de Monaco. Des pièces réalisées par le couple dans leur poterie artistique des Pyrénées-Atlantiques. Quelle surprise alors lorsque le jury de l’exposition décerne des médailles aux essences mais aussi aux poteries, exprimant son souhait de rendre visite à leurs créateurs ! Marie convainc alors les Fischer de venir s’installer à Monaco, la terre argileuse du haut des Jardins du Casino se révélant propice à la poterie. En 1874, la Première Poterie artistique de Monaco ouvre ses portes, même si, ironie du sort, le jury ne viendra finalement pas.

Agnès Roux, Exit Paradise, 2019, céramique et art culinaire. / © Patrick Massabo

Un Eden de fleurs et paniers tressés

De cette petite industrie née sous Charles III, et qui va subsister jusqu’en 1894, il reste des poteries émaillées en forme de paniers de paille tressée caractéristiques, avec des ornementations en haut-relief : des branches, feuilles, citrons, raisins, roses, pivoines, papillons et escargots. « C’est la période des jardins enchantés de Monaco, poursuit Agnès Roux. Des thèmes liés à l’histoire des Grimaldi, qui ont contribué aux innovations agricoles et qui ont mis en place des jardins d’acclimatation dès le XVIIIe siècle ». Tandis que la classe aisée des stations thermales passe l’été à la montagne et l’hiver au bord de mer, ces pièces de décoration haut de gamme – qui mêlent Beaux-Arts et artisanat à la manière du mouvement Arts & Crafts – font entrer le jardin dans les maisons. Alors qu’à Vallauris, l’ère des Massier a débuté, et que la manufacture Saïssi de Menton se spécialise dans la céramique d’architecture, dont les colonnes bleues viennent orner les belles demeures de la Riviera, c’est aussi une période de collaboration et de grande mobilité des ouvriers spécialisés entre les trois villes.

Poterie artistique de Monaco, style Fischer (1871-1889), detail. /© NMNM / Damien L’Herbon de Lussats 2020

Le bibelot, objet artistiquement conçu

Une nouvelle page s’écrit avec la construction de la Deuxième Poterie artistique de Monaco en 1907 sous Albert Ier, sur l’actuelle avenue d’Ostende. Sa direction est confiée au maître-potier renommé Eugène Baudin, qui sort du four des vases colorés aux formes stylisées. « Les grandes trouvailles océanographiques et les êtres marins inspirent toute une partie de cette création. On assiste ainsi au mariage des arts et des sciences », ajoute Agnès Roux. Avec le développement du tourisme balnéaire estival, Bodin travaille sur des objets plus petits afin que les clients puissent plus facilement repartir avec ce souvenir chez eux. C’est donc la grande mode des bibelots, signés Baudin Monaco. Moins attaché à produire un style monégasque que les Fischer, le céramiste français s’inscrit totalement dans la lignée de l’Art nouveau. Mais le succès est moindre que lors de la période précédente, le fils d’Eugène prend la relève puis la poterie ferme ses portes en 1914. À cette époque, les bases de la modernité sont ainsi posées pour l’arrivée de lignes plus Art Déco. Alors que plus tard le plastique va connaître de nombreux dérivés, la céramique reste fragile et de nombreuses manufactures ferment. Les savoir-faire vont notamment survivre par la production d’objets touristiques de masse, avec une forte concurrence des villes azuréennes entre elles dès les années 1950. À côté de cette poterie d’usage, la céramique artistique va quant à elle s’orienter de plus en plus vers une production individuelle. Celle d’artistes céramistes. 

Exhibition / NOUVEAU MUSÉE NATIONAL DE MONACO
Unstable artefacts, history of ceramics
Ron Nagle, Coitis Mortis (2013). /© Don Tuttle, courtesy of the artist

Artifices instables, histoire de la céramique. La céramique regroupe une multitude de techniques : terre cuite, faïence, grès, porcelaine et matériaux contemporains. Jusqu’au 31 janvier, le Nouveau Musée National de Monaco présente une sélection de 120 pièces, du local à l’international, dans une scénographie à mi-chemin entre atelier et cabinet de curiosité. Ici, on croise les poteries à décors floraux de la Première Poterie artistique de Monaco (1874-1894) en parallèle du travail de George E. Ohr, les œuvres surréelles d’Eugène Baudin attachées à la deuxième période (1907-1914) tout comme celles de Picasso à Vallauris, de même que les petits fétiches de Ron Nagle ou les masses organiques de Johan Creten aujourd’hui. Une expo qui donne à voir une multiplicité d’approches, qui ont en commun cette fragilité inhérente à la création de chaque pièce, du fait du rôle de l’aléatoire dans la cuisson et la fixation des couleurs en céramique. 

Poterie vernissée à décor en relief polychrome en barbotine, Poterie artistique de Monaco, Style Fischer (1871-1889). / © NMNM / Damien L’Herbon de Lussats 2020

 La création aujourd’hui au Logoscope.
Fondé par Agnès Roux en 1997, le Logoscope est un laboratoire de recherche à média multiples. Installé à Monaco, il a lancé le programme « Moines Kaolin » en 2018. Un travail de recherche patrimonial sur l’histoire des productions céramiques en Principauté, à partir duquel sont développées des créations, rencontres et expositions. C’est dans cet élan quele sculpteur JP Racca Vammerisse, fasciné par la nuit, a exploré le thème des mythologies de la mer, et qu’Agnès Roux a créé son Office des Menus Plaisirs, croisant céramique et arts culinaires. Des artistes qui vont ainsi puiser dans l’histoire locale, pour réinventer le travail de la terre dans des perspectives actuelles.